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La Française de l’Energie s’introduit en Bourse : flou, incohérences, contre-vérités

8 juin 2016

Par Stop-gaz.fr – publié le 6 juin 2016

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L’opération de souscription sur le marché Euronext est ouverte jusqu’au 6 juin 2016.

Une lecture attentive du dossier1 (presque 600 pages !) donne une impression de flou, de contradictions, de contre-vérités… bref, un manque de crédibilité du projet.

Contexte

En France, la consommation nationale de gaz2 s’élève à environ 40 milliards de m3, ce qui correspond à 15% dans la consommation énergétique. La majeure partie est importée, la production nationale étant très faible. Les réserves conventionnelles sont quasiment épuisées, même si l’exploration continue ici ou là, notamment dans le sud-ouest. Leur extraction nécessite d’ailleurs un recours de plus en plus fréquent aux méthodes non-conventionnelles dites de stimulation. Parmi les réserves non-conventionnelles, outre le gaz de schiste pour l’instant interdit de fait, il y a le gaz de houille. Ou plus précisément le gaz de couche3 de charbon (Coal Bed Methan : CBM) , qui est piégé dans les veine de charbon qui n’ont pas été exploitées parce que trop difficiles d’accès ou de mauvaise qualité. Pour être rentable, sa récupération exige en général des techiques de fracturation hydraulique. C’est du mois ce qu’affirment les experts4 et ce que l’on constate par exemple en Australie. C’est aussi ce qu’affirmait EGL (future FdE) avant que la fracturation hydraulique soit interdite par la loi du 13 juillet 2011 5

En France, la Française de l’Energie (FdE), issue d’entreprises australienne et anglaise (EGL) semble être la seule à s’intéresser au gaz de houille6, notamment en Lorraine depuis 2004.

En quelques années, la FdE a déposé et obtenu 5 permis de recherche7 et en attend 2 autres ; elle a acquis puis revendu Gazonor, passé un contrat d’acquisition de l’américain Concorde Energy qui dispose elle-même ou par son intermédiare française Concorde Energie d’un permis de recherche et en attend 13 autres en France. Enfin, elle s’est lancée en mai-juin 2016 dans son introduction en bourse sur le marché Euronext. Dans ses documents accompagnant cette opération, et dans sa communication sur les ondes ou dans la presse, la FdE affiche de grandes ambitions en France, en Allemagne, en Belgique. Elle affiche des prévisions économiques alléchantes, tout en se donnant un image « verte » : faibles émissions de CO2, énergie renouvelable, accord avec la société finacière Rgreen Invest.

Mais ces affirmations ne sont pas exemptes d’ambigüités, d’incohérences voire de contre-vérités qui pourraient faire douter de la crédibilité du projet.

Logo Française de l’Energie

Les perspectives de production

Limitons-nous ici à quelques questions sur la cohérence des chiffres avancés par la FdE pour embellir son image. Tous les passages en italiques sont extraits des communiqués de presse de la FDE ou de son DDB (document de base déposé à l’AMF). Ils sont souvent repris en boucle dans les médias, avec quelques variations. Par « Groupe », il faut entendre la FDE actuelle, ainsi que ses cibles Gazonor et Concorde Energy.

Ainsi, le Groupe détient, suite à la certification de ses ressources en gaz par le BEICIP-Franlab (IFP EnergiesNouvelles), l’équivalent de près de 6 fois la consommation annuelle française. Le Groupe entend développer et produire ce volume de gaz important sur les 20 prochaines années et se concentrera dans un premier temps sur la Lorraine avec le lancement de sa première plate-forme de production dans les 18 prochains mois.

(…)

La Société se donne pour objectif de disposer d’ici fin 2018 de plus de 15 puits de production en activité en Lorraine, ce qui lui permettrait de générer une production de plus de 700 millions de m3 sur 12 ans à compter de cette date. La Française de l’Energie entend aussi dans le même temps continuer à faire croître la taille de ses réserves.

(…)

Devenir un acteur de référence de l’énergie et produire à terme 5% de la consommation annuelle de gaz en France8. [en 2025, précise Julien Moulin, d’après boursier.com le 31 mai]

(…)

La poursuite des programmes de développement en Lorraine et chez Gazonor représente un montant total d’investissement sur les 3 prochaines années compris entre 77 millions d’euros et 122 millions d’euros. Le financement de RGreen Invest permettra de fournir une grande partie de ces financements, le solde provenant des cash flows générés par Gazonor dès 2016 et éventuellement d’autres sources de financements.

(RGreen se serait engagé jusqu’à jusqu’à 60 millions d’euros en 8 ans, et Gazonor pourrait dégager environ 4 millions d’euros par an en activité normale.La FDE est actuellement endettée d’environ 20 millions d’euros. Elle attend environ 50 à 60 millions d’euros de souscriptions en bourse.).

Que signifie l’expression «  700 millions de m3 sur 12 ans  » ? en 12 ans ? Au bout de 12 ans ? Chaque année pendant 12 ans ? Admettons cette dernière interprétation, la plus favorable – encore que rien dans les tests de production ne permet de la conforter. Mais 700 millions de m3, cela représente à peine 1,75% de la consommation française (40 milliards de m3). Moins de 2% et non pas et non pas 5% ! L’horizon des 5% paraît lointain et flou, en tout cas pas 2025. Mais pourquoi ne pas produire plus que ces 700 millions ? Y a-t-il des limites géologiques ? Techniques ? Économiques ? A ce rythme, il faudrait plus de 200 ans pour que la FdE épuise ses réserves affichées.

Les réserves

FdE indique qu’elles s’élèvent à 272 milliards de m3. Mais il s’agit de l’ensemble des réserves prouvées, probables et potentielles. Elles ne pourront donc être totalement exploitées. Peut-être peut-on expliquer ainsi la « timidité » du rythme de production. Mais vers 2040 ou 2050, l’essentiel des réserves sera encore sous terre. Il est possible et souhaitable – et même souhaité par les accords de Paris lors de la COP21 – qu’à cet horizon la page des hydrocarbures soit en grande partie tournée. Ils ne représenteront plus l’avenir energétique. Que vaudront alors ces réserves dans le bilan de la FdE ? On voit bien se dessiner le début d’un mouvement de fuite des investisseurs de ce secteur. « Les investisseurs ne peuvent attendre qu’Exxon devienne le prochain Kodak, mort d’avoir raté le virage numérique », ecrivait un gestionnaire de fonds de pension dans le New York Times9. On souhaite à la FdE d’autres ambitions que d’être un tout petit Kodak.

Les forages

Pour ce que nous en savons, car l’information est limitée, la plupart des forages de la FdE en Lorraine se sont révélés négatifs. Un seul, peut-être deux, s’est avéré potentiellement productif. Dans les autres régions (Sud-Ouest, Gardanne, Jura) la FdE n’a pas mené d’opérations significatives et ne peut donc faire état de réserves. Pourquoi la FdE n’a t-elle pas demandé une concession de production autour du puits productif, afin de commencer sa production et de faire enfin ses preuves sur le terrain ? Dans ce contexte, le projet affiché de forer une quinzaine de puits supplémentaires en Lorraine pour développer une production importante d’ici 2018 ne paraît pas crédible. D’autant que les délais d’instruction pour les autorisations de travaux et surtout pour l’obtention de concessions ne sont pas négligeables. En Lorraine, trois demandes de forages, autorisés malgré les voeux des maires et l’avis défavorable du commissaire enquêteur dans un cas, font l’objet de recours10 en référé et en annulation de la part d’associations locales.

Le portefeuille de permis

« Le groupe a constitué le deuxième plus grand portefeuille de permis de recherche et de production de gaz en France11 couvrant une superficie totale de 10642 km² « 

Cette présentation des choses confine à la tromperie, pour des personnes mal informées sur le Code minier et la vie des permis.

La valeur économique des titres miniers ne se mesure pas en km². Ce critère n’a pas grand sens. Lors de son attribution, la superficie est parfois réduite par rapport à la demande initiale, surtout lorsqu’il s’agit de demandes concurrentes. D’autre part, lors de sa prolongation, un permis de recherche voit normalement sa superficie réduite de moitié. Un permis est renouvelable deux fois, pour 3 à 5 ans habituellement. FdE verra donc logiquement diminuer fortement la superficie de ses permis de recherche. Enfin, lorsqu’un permis de recherche donne lieu à une demande de concession d’exploitation, la superficie en est très fortement réduite, pour se concentrer sur la zone prometteuse.

La FdE dispose de 5 (cinq) permis de recherche en cours de validité dont 2 seulement en Lorraine, les trois autres étant situés dans le Jura, les Pyrénées et le massif de Gardanne. Elle en attend deux autres, l’un depuis 2009 et l’autre depuis 2014 en concurrence avec Elixir Petroleum.

La FdE ne dispose d’aucune concession d’exploitation. La FdE projette l’acquisition de Gazonor, qui exploite déjà du gaz de mine dans deux concessions et a demandé deux permis de recherche. La FdE devrait aussi acquérir Concorde Energy, qui détient un seul permis de recherche (Folie de Paris) mais qui est l’objet de procédures au tribunal administratif. Concorde Energy ou sa filiale a également déposé 13 demandes de permis de recherche, entre 2009 et 2011, mais qui sont toujours en attente et souvent en concurrence. Juridiquement, on devrait considérer que toutes ces demnades sont implicitement rejetées, par le long silence de l’administration. Le portefeuille réel de la FdE est donc assez faible, même en intégrant les acquisitions projetées : 8 permis de recherche, dont certains peu ou pas actifs, et deux concessions produisant jusqu’ici du gaz de mine. Et elle n’a encore demandé aucune concession pour exploiter le gaz de couche qui est pourtant présenté comme son coeur de métier.

Oilpump, Pump Station, Technical, Energy, Night

En résumé

En l’état, la communication de la FdE autour de son projet paraît peu crédible

Jusqu’ici, les résultats de la FdE sont mitigés. Sur 4 forages de recherche, un seul s’avère potentiellement productif. Même s’il en est prévu une quinzaine dans les deux ans qui viennent, rien ne garantit leur réussite. La FdE a l’intention de racheter la société Gazonor qu’elle avait déjà acquise à crédit auprès du groupe Albert Frère, mais avait dû la rendre à son ancien propriétaire faute d’avoir pu honorer sa dette. Autre cible, la société Concorde Energy semble en déconfiture aux Etats-Unis, sans doute du fait de la chute du gaz de schiste dans ce pays; en France, elle ne visait d’ailleurs pas le gaz de houille. La FdE affirme détenir un bon portefeuille de permis de recherche en France, mais il s’agit pour la plupart de demandes en attente depuis des années, que l’on peut considérer comme implicitement rejetées. Et de la recherche à la réalité de l’exploitation il y a un gouffre. La valeur d’une société de production gazière se fonde en grande partie sur la valeur de sa production et ses réserves prouvées ou probables, et non sur la superficie des permis de recherche ou de permis demandés, à l’avenir incertain. D’ailleurs, introduction boursière oblige, les documents publiés pour l’information des investisseurs énonce de nombreux risques : financiers, technologiques, juridiques, environnementaux… Certains viennent de l’extérieur, d’autres tiennent à l’entreprises elle-même. Nous ne pouvons que renvoyer le spéculateur ou le simple curieux à une lecture complète et attentive du document déposé auprès de l’AMF.

Les titres miniers de la FdE au 31 mai 2016

Permis de recherche en vigueur (échéances ultimes possibles) :

– Bleue Lorraine P576 (30/11/2018)

– Gaz de Gardanne N575 (25/11/2019)

– Bleue Lorraine Sud N581 (7/11/2021)

– Lons le Saunier N590 (28/07/2022)

– Tarbes Val d’Adour N597 (18/01/2018)

Demandes de permis de recherche(date de la demande) :

– Bleue-Lorraine Nord ( 22/09/2008)

– Les Trois Evêchés (ou la Grande Garde) (03/03/2014)

Concorde Energy :

– 1 permis en vigueur : La Folie de Paris, N604 (07/08/2021)

– 12 demandes entre 2009 et 2011, toujours en suspens

– 1 demande en 2013, encore en suspens


1 Document de base (DDB) déposé auprès de l’AMF (Autorité des marchés financiers) le 14 mars 2016 sous le n° I-16-009 et validé en mai 2016. http://www.francaisedelenergie-ipo.fr/documentation-itf

2 Ce chiffre est approximatif, et provient du recoupement de plusieurs sources sur les années 2013 à 2015. La tendance est à la baisse. Il n’est pas nécessaire ici d’avoir une très grande précision à ce nuiveau.

3 Le gaz de mine (CMM) est de même nature, mais piégé dans les veines de charbon anciennement exploitées; il est donc plus facilement accessible et exploitable sans fracturation hydraulique. Il est extrait en France par Gazonor.

5 « Nous utilisons des techniques de forage horizontal et de fracturation [afin de] faire craquer la couche de charbon pour libérer le gaz et permettre la migration du méthane vers la surface« . La Semaine Numérique, 01/08/2008.

6 Vermilion, pourtant très actif en France, a renoncé à un permis en Lorraine http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/54-Lettre-demande-renonciation-Lorraine.pdf

7 Cf Annexe en fin d’article.

8 Selon le site boursier.com en date du 31 mai, ce serait pour 2025, précise Julien Moulin, le président de la FdE.

9 Cité par Jean-Michel Bezat dans Le Monde du 29 mai 2016 -« C’est Rockefeller qu’on assassine! »

10 Procédure entamée le 23 mai 2016. Information fournie par l’APEL 57 (Ass. Pour la Préservation de l’Environnement Local en Moselle).

11 Document de base, page 58

Rapport : comment les géants des mines et du pétrole menacent les ressources en eau

8 juin 2016

Par Stop-gaz.fr – publié le 3 juin 2016

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L’Observatoire des multinationales publie aujourd’hui un rapport sur les menaces que font peser les pétroliers et les mines sur les ressources en eau.

Les développements récents dans le secteur extractif, comme les hydrocarbures non conventionnels, présentent des risques accrus pour les ressources en eau.

Les développements miniers, pétroliers et gaziers ont connu une nette accélération dans le monde depuis le début des années 2000, sous l’effet de la croissance de la Chine et des pays émergents, mais aussi parce que les économies occidentales, prétendument de plus en plus « immatérielles », continuent en réalité à faire une utilisation massive de minerais et d’énergie. Derrière les beaux discours verts des entreprises, les mines et les forages pétroliers restent une source majeure de pollution et de dégradation environnementale contre lesquelles riverains et autorités publiques sont généralement démunis.

Les impacts sur l’eau des industries extractives ne tendent pas à s’atténuer grâce à une « modernisation » des techniques, bien au contraire. Les développements récents dans le secteur extractif, comme les hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste, sables bitumineux…), présentent des risques significativement accrus pour les ressources en eau. De même pour les nouveaux projets miniers dans des zones de plus en plus reculées, comme le sommet des montagnes andines, ou impliquant de broyer et traiter toujours plus de roche pour exploiter des filons de plus en plus modestes. Et il y a un risque que la crise que traverse actuellement tout le secteur extractif ne soit un prétexte pour rogner encore sur les protections sociales et environnementales, déjà bien faibles, dans de nombreux pays.

À l’heure où le gouvernement français et les industriels envisagent l’ouverture de nouvelles mines en France et où certains défendent le développement du gaz de schiste ou du gaz de houille en Europe, ce constat devrait constituer un avertissement, d’autant que les leçons du passé ne semblent pas avoir été tirées. Parmi des dizaines d’autres, l’exemple de Salsigne, dans l’Aude, montre que les anciens sites miniers français continuent aujourd’hui encore à contaminer l’eau et l’environnement. Or la réforme en cours du code minier, portée par le ministère de l’Économie et des Finances d’Emmanuel Macron, ignore superbement ces enjeux. Le débat, pourtant, doit impérativement être ouvert.

Partout dans le monde des résistances s’organisent

Dans les pays andins, des paysans et des indigènes se battent contre des projets miniers géants au sommet de leurs montagnes. En Australie, une alliance inhabituelle se noue entre agriculteurs et écologistes contre l’exploitation du « gaz de couche », qui nécessite de recourir à la fracturation hydraulique. Au Brésil et au Canada, riverains et autorités accusent l’incurie des entreprises minières après la rupture de barrages miniers retenant des eaux usées toxiques. En Algérie, la population du sud saharien se révolte contre l’arrivée du gaz de schiste. En France le refus des populations face au gaz de schiste reste ferme, et des collectifs citoyens dénoncent des projets d’ouvrir de nouvelles mines, alors que les anciens sites abandonnés continuent à ce jour à polluer leur environnement. Tous ces combats ont un point commun : l’eau.

Un nouveau rapport de l’Observatoire des multinationales met en lumière l’ampleur de ces risques, l’inadéquation des réponses apportées par les entreprises ou les autorités, et la multiplication des résistances.

Le rapport Eau et industries extractives : la responsabilité des multinationales, (72 pages, français, pdf) publié ce lundi 30 mai 2016 par l’Observatoire des multinationales avec le soutien de France Libertés, est issu d’un travail d’enquête de plusieurs mois. Il est basé notamment sur des reportages de terrain relatifs à des projets extractifs portés par des multinationales (parmi lesquelles de nombreuses firmes françaises) et aux conflits qu’ils suscitent.

Ce rapport met en lumière non seulement les multiples manières dont le secteur extractif affecte les ressources en eau (pollution, surexploitation, destruction de zones humides ou de glaciers), mais aussi l’insuffisance des réglementations en vigueur dans ce domaine et de leur application, le manque de connaissances scientifiques, et l’inadéquation des réponses caritatives ou technologiques apportées par les entreprises concernées.

Pologne, la fin de l’exploration du gaz de schiste

17 mai 2016

D’après la publication de stopgazdeschiste.org / Source : BNE IntelliNews

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PGNiG mettra fin à l’exploration des gaz de schiste si son «puits de la dernière chance» ne donne pas de résultats prometteurs en juin, a annoncé le PDG de cette compagnie pétrolière et gazière contrôlées par l’État polonais le 10 mai 2016.

Dernière tentative de fracking

PGNiG va procéder à sa dernière tentative de «stimulation» d’un puits de gaz de schiste dans le nord de la Pologne. À partir du 6 juin et pendant une semaine, les gaz de schiste POLOGNEopérations de fracturation hydraulique – pompage à haute pression de l’eau avec des additifs pour forcer l’extraction du gaz de la roche compacte – seront mises en œuvre. Si cette tentative échoue et que les résultats ne sont pas probants, la société mettra fin à son effort d’exploration. C’est ce qu’a déclaré le PDG Piotr Wozniak aux journalistes.

La facilité d’exploitation rencontrée par les opérateurs en Amérique du Nord n’est pas au rendez-vous en Europe

PGNiG est la dernière grande entreprise à explorer activement le gaz de schiste en Pologne. La plupart des autres grands acteurs, y compris ExxonMobil ou ConocoPhillips, se sont retirés au cours des dernières années, évoquant des prix bas du pétrole qui ont rendu coûteuse une exploration irréalisable. Cependant, la raison principale de cet échec retentissant reste liée à la géologie difficile et à la profondeur des réserves polonaises d’hydrocarbures non conventionnels.

La fin de l’espoir d’un eldorado européen du gaz de schiste

Dans les premières années de cette décennie, la Pologne avait espéré bénéficier d’importantes ressources de gaz de schiste. Varsovie rêvait même de devenir un important exportateur et comptait sur le gaz de schiste pour réduire sa dépendance vis-à-vis des importations de gaz russe. Dans les années 2012 et 2013, au plus fort de la grande campagne d’exploration lancée par la Pologne, des dizaines d’entreprises avaient prévu de forer sur plus de 100 concessions octroyées plus ou moins légalement.

Moselle : le oui-non au gaz de houille

29 avril 2016

Un article long mais à lire absolument, avec attention, car il préfigure ce qui nous attend sans doute. En Moselle, les municipalités disent non, mais la Dreal dit oui ! Que se passera-t-il chez nous ?

Nous savons également que des décisions cruciales peuvent être prises sur la base de simples déclarations d’intentions (de bonnes intentions, bien sûr) de la part des sociétés gazières et pétrolières.

Or, en Moselle comme ici, la société en question s’appelle la Française de l’énergie, et elle est bourrée de bonnes intentions…

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Par Arnaud STOERKLER dans La Semaine.fr

La préfecture de Moselle a accordé de nouveaux forages à la française de l’énergie le 29 mars

 

Après la décision de la préfecture d’autoriser la Française de l’énergie à ouvrir de nouveaux puits d’exploration d’hydrocarbures, l’association pour la protection de l’environnement local en Moselle (Apel 57) reste mobilisée : préoccupée par les risques liés à une éventuelle exploitation du gaz de couche, elle regrette comme d’autres habitants de ne pas avoir été assez entendue par les pouvoirs publics.

Le soleil est un réservoir d’énergie. La preuve sur les hauteurs boisées et vallonnées de Longeville-lès-Saint-Avold, le 10 avril, où il a contribué au succès d’une marche de sensibilisation à l’histoire et à la nature des environs, dont les points de départ et d’arrivée se sont situés… à l’emplacement de deux futurs puits miniers d’exploration d’hydrocarbures de la Française de l’énergie.
Organisé par l’association pour la protection de l’environnement local en Moselle (Apel 57), l’évènement a répondu à la récente décision de la préfecture de Moselle d’autoriser cette société à ouvrir de nouveaux travaux miniers à Zimming, Lachambre et Longeville-lès-Saint-Avold. Objectif : explorer le sous-sol pour y trouver du gaz de houille, et tenter de l’exploiter industriellement.
Un regret, voire un « déni de démocratie » pour les quelques centaines de participants à cette marche, hostiles à ce projet industriel jugé risqué : une pétition locale a recueilli 1 500 signatures en dix jours, plusieurs cahiers ont été noircis par des habitants sceptiques lors de l’enquête publique liée à ces demandes d’ouverture et les élus des trois communes s’y sont majoritairement opposés en donnant un avis défavorable, mais uniquement indicatif, sur ces nouveaux forages.
Pas suivie dans ses doutes par les pouvoirs publics (voir ci-dessous), l’Apel 57 avait imaginé un rendez-vous festif et décalé : en lieu et place d’une protestation stérile, elle a invité trois historiens locaux pour guider sa marche et éclairer les randonneurs sur le patrimoine naturel environnant.
L’idée tranche au sein du paysage longevillois, où les empreintes d’une opposition farouche gagnent lentement l’espace public : les messages « Non au gaz de couche » fleurissent en inscriptions blanches sur la route ou en pancartes, accrochées aux fenêtres de certaines habitations.

À 300 mètres d’un forage

Entre le recensement de 14 sources d’eau naturelle connues ou méconnues sur le site du Kerfent, l’existence d’un hêtre portant une inscription datée de 1942 où l’on peut lire en allemand « La croix gammée ne vaincra pas » et la présence d’ouvrages de la ligne Maginot, la richesse de ce coin de Moselle-Est constitue une évidence.
Pas de quoi faire oublier la motivation principale des marcheurs, résumée avec finesse par l’une des participantes : « Je m’intéresse à mon cadre de vie, et je tiens à le voir préservé », confie Christiane, secrétaire à la retraite, venue de Saint-Avold « en solidarité » des habitants les plus proches des projets miniers : « On impose un peu ce projet aux gens, qui n’ont pas été directement informés. »
Certains, par exemple, n’ont pas été concernés par l’enquête publique, alors qu’ils seront impactés par ces travaux d’exploration : « J’habite à Boucheporn, à exactement 300 mètres du futur forage le plus proche », confie une randonneuse, qui appréhende notamment les « nuisances sonores ».
Martine, une Longevilloise, est venue pour « mieux visualiser l’emplacement des forages ». « Ce n’est pas nouveau, notre région est sinistrée en matière de dégâts miniers. Et faire d’autres trous dans un sous-sol qui ressemble déjà à un gruyère… », souffle l’hôtesse d’accueil, sans terminer sa phrase.
Georges va plus loin tout en plongeant sous l’ombre d’un bout de forêt, dans le pas des autres marcheurs : « J’ai du mal à comprendre que certains veulent encore chercher les dernières bricoles d’énergie fossile qui se trouvent dans notre sous-sol, alors que les progrès techniques nous permettent aujourd’hui de réaliser des champs de panneaux solaires et de cultiver des micro-algues aptes à produire de la méthanisation », s’interroge cet ancien instituteur. « Cela donne l’impression que ceux qui autorisent ces projets miniers ne vivent pas avec leur temps. »

‘‘Ne pas être dupe’’

D’autres comme Nathalie ont « peur » de voir leur territoire sacrifié « comme aux États-Unis », où l’exploitation du gaz de schiste a multiplié les risques de secousses sismiques et engendré la pollution de nappes phréatiques. Une angoisse évacuée par les arguments de la Française de l’énergie : la société ne compte pas utiliser le procédé de fracturation hydraulique (interdit en France), a vu son étude d’impact environnemental validée par les pouvoirs publics et argue d’une technique d’exploitation entièrement propre.
« Pourtant, alors qu’elle présente ses projets partout comme sans risque, un document de base pour son entrée en Bourse, en accès libre sur son site web, montre que ces risques existent bel et bien », constate Marieke Stein, maître de conférences à l’université de Lorraine et initiatrice de l’Apel 57.
Page 46 de ce rapport : « Les activités d’exploration et de production de gaz naturel du groupe (la Française de l’énergie et ses filiales, ndlr) pourraient également mettre en danger les ressources hydriques et la qualité du sous-sol, particulièrement dans le cas de déversements d’hydrocarbures dans les nappes phréatiques ou le sous-sol. Ces déversements pourraient porter atteinte à l’environnement et aux habitants vivant à proximité de chaque installation d’exploration et zone de stockage et pourraient contraindre ainsi la société (la Française de l’énergie, ndlr) à engager des frais d’assainissement et de remise en état, et des frais juridiques élevés. »
Face à un projet industriel d’une telle envergure, les opposants partagent un même mot d’ordre : « Ne pas être dupe », résume une énième Longevilloise, cachée derrière une épaisse paire de lunettes. De soleil.


Pour l’État, tout est sous contrôle

Selon la préfecture de Moselle, les projets de la Française de l’énergie respectent la législation nationale. Voilà pourquoi elle l’a autorisée à forer trois nouveaux sites, dans des arrêtés qui les encadrent strictement à travers l’interdiction de la fracturation hydraulique et un contrôle accru des explorations.

« Si l’État avait été face à des méthodes non-autorisées et risquées, il aurait rendu un avis négatif sur le projet de la Française de l’énergie », affirme Alain Carton, secrétaire général de la préfecture de Moselle. En l’absence de tels éléments, c’est tout naturellement que le préfet du département a officiellement autorisé, le 29 mars, la Française de l’énergie à rechercher des hydrocarbures liquides ou gazeux sur trois nouveaux sites est-mosellans : Zimming, Lachambre et Longeville-lès-Saint-Avold.
La partie n’a pas été un long fleuve tranquille pour autant : l’instruction des dossiers a réellement débuté par le lancement de trois enquêtes publiques, en octobre 2015, au sein des trois communes. Pour chacune d’entre elles, un commissaire-enquêteur a remis un avis sur le projet en question : il s’est révélé défavorable à Zimming, et favorable avec des réserves à Lachambre comme à Longeville-lès-Saint-Avold.
Sollicités à titre indicatif, les conseils municipaux respectifs des trois communes se sont déclarés hostiles à ces explorations. Cela n’a pas empêché la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), qui pilote l’ensemble du dossier, de trancher en faveur d’une autorisation et de présenter trois projets d’arrêtés à la préfecture.
Avant l’autorisation finale du préfet, un dernier avis, positif, a été rendu par ses services : celui du Coderst, le conseil de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques, dont les membres sont issus de toutes les grandes instances du département.

Pédagogie

« Après avoir pris connaissance du dossier et entendu deux associations opposées au projet, les maires des trois communes et le président de la Française de l’énergie Julien Moulin, le Coderst s’est prononcé en faveur d’une autorisation », détaille Alain Carton. Certains, minoritaires, s’y sont opposés, comme l’association Mirabel Lorraine Nature Environnement, la fédération de pêche de Moselle, des représentants d’associations de consommateurs ou encore la société d’histoire naturelle du département.
Pourquoi leur appréhension, la même que celle des maires locaux et d’une partie de la population, n’a-t-elle pas été suivie ? « Parce qu’il y a eu des ambiguïtés sur le procédé de forage utilisé par la Française de l’énergie, sur le type de gaz extrait ou encore sur les risques et accidents potentiels de cette activité, suite à un défaut d’information », estime Alain Carton. « Nous avons fait part à la société de ce problème de communication, de la nécessité de bien véhiculer l’information lorsqu’elle n’est pas à caractère confidentiel. Un travail de pédagogie a donc été fait pour permettre de lever les craintes de l’opinion, infondées pour la plupart. »
Relevé par l’un des commissaires-enquêteurs lors de l’enquête publique, ce défaut de communication ne semble pas complètement dissipé : la Française de l’énergie axe depuis février sa campagne publicitaire sur une étude de l’Ifeu, entité allemande spécialisée dans les énergies, qui a conclu que « le bilan carbone de la production et de l’acheminement du gaz de houille » de la société aurait « une empreinte environnementale dix fois inférieure en moyenne à celle du gaz importé ». Problème, cette étude n’est « pas publique » et donc impossible à vérifier.

Transparence

Selon le secrétaire général de la préfecture, le mouvement contestataire à l’encontre de ces projets d’exploration n’est plus que « sporadique » depuis l’autorisation préfectorale du 29 mars. Sur le terrain, il paraît au contraire mieux structuré qu’il y a quelques mois avec la création d’une association en début d’année, en plus de l’existence de plusieurs collectifs locaux.
« Nous les avons entendus, mais il y a une réglementation française et le projet de la Française de l’énergie n’y contrevient pas : il n’y aura pas de fracturation, les forages seront réalisés entre 700 et 900 mètres de profondeur et le sous-sol sera protégé », affirme Alain Carton.
D’après lui, les arrêtés de la préfecture destinés à encadrer les activités de la société s’avèrent suffisamment restrictifs : « Une sorte de comité de suivi sera installé, composé d’élus, de membres des services de l’État, de la Française de l’énergie et d’associations, pour permettre d’échanger des informations et d’observer les opérations en toute transparence », note-t-il. « Il faut aussi rappeler que les trois arrêtés autorisent uniquement la recherche de gaz, pas son exploitation à grande échelle. Si, à l’avenir, la Française de l’énergie confirme l’intérêt d’un gisement suffisant à réunir les conditions d’une réelle exploitation, elle devra solliciter un nouveau titre de concession qui sera soumis à une nouvelle phase de consultation. Rien ne sera automatique, il y aura dans ce cas une nouvelle enquête publique. »
En mars, la Française de l’énergie ne doutait pas du résultat de ses éventuelles demandes d’exploitation : dans son document de base de demande d’entrée en Bourse sur le marché français, elle affirme qu’elle « devrait être en mesure de lancer sa première mise en production de gaz en 2018 ».

=> Retrouver l’article original sur La Semaine.fr

Les militants lorrains face à la Française de l’Énergie (ex-EGL)

19 avril 2016

N’oublions pas que la Française de l’Énergie, ex European Gaz Limited, qui agit actuellement en Lorraine où elle détient plusieurs permis, est également détentrice du permis de Lons-le-Saunier, pour la même ressource : du gaz de houille.

Restons solidaires des militants lorrains et soyons vigilants : ce qui se produit actuellement chez eux peut se produire demain chez nous.

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Par le Républicain lorrain

Longeville-lès-Saint-Avold : des militants au naturel

De Lachambre, de Longeville-lès-Saint-Avold, de Zimming ou encore de Tritteling, ils étaient 200 à marcher, ce dimanche, contre les forages de gaz de houille.

« Dame Nature est avec nous », se réjouit Marieke Stein, militante contre les forages de gaz de houille. Un enthousiasme partagé par les 200 personnes qui ont marché, ce dimanche, à l’invitation de l’Association pour la préservation de l’environnement local (Apel 57).

Un temps ensoleillé qui correspondait bien à la philosophie de ce rassemblement. Certes, les participants affichaient clairement leur opposition aux chantiers actuels et aux projets futurs de la Française de l’Énergie (ex-EGL), mais c’est bien le cadre de vie bucolique et culturel que les organisateurs souhaitaient mettre en avant.

Culture et nature

« À Lachambre, à Longeville, à Zimming, nous subissons déjà les nuisances des premiers puits. La préfecture vient d’accorder à la société EGL les autorisations pour de nouveaux forages (Lire Le Républicain lorrain de jeudi). Et on sait très bien qu’EGL ne va pas s’arrêter en si bon chemin », assure un responsable. « À terme, c’est tout le territoire qui va être saccagé

Le plus gros de la troupe s’est retrouvé sur les hauteurs de Longeville-lès-Saint-Avold, sur les coups de 16h, à proximité du mémorial des déportés et des résistants. Ces promeneurs, partis du stade de la commune, avaient été rejoints en début d’après-midi par les anti-forages, venus à pied de Lachambre. Sur place, outre la restauration, on pouvait aussi nourrir ses inquiétudes avec un plan des forages à venir.

Le circuit a permis de découvrir les richesses patrimoniales et naturelles du secteur. Pour cela, Eugène Thielen et Hubert Bouckenheimer ont servi de guides et ont raconté l’histoire de ce territoire (ouvrage du Kerfen, observatoire du Mutschenberg), sans oublier de s’arrêter au bord de sources, « qui pourraient être impactées par les forages. »

Bertrand Baud

Crash pétrolier en cours, attention gros dégâts !

16 février 2016

Par Jacques Ambroise / Le 02-02-2016 /

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Mise à part une certaine presse spécialisée dans le secteur des hydrocarbures, le reste des médias dominants ne semble montrer aucun empressement à évoquer les conséquences tragiques d’une actualité pourtant devenue calamiteuse dans l’ensemble de ce secteur hautement stratégique.

Si l’effondrement des cours du pétrole depuis juin 2014 satisfait les consommateurs occidentaux en soulageant quelque peu leurs dépenses grâce à la parcimonieuse baisse du prix des carburants à la pompe ou du budget chauffage, il n’en est pas de même dans les industries pétrolières, parapétrolières et financières. Comme anticipé par quelques-uns, le « boom » des gaz de schiste ne fut qu’un éphémère âge d’or et l’heure du repli a sonné.

Il est communément admis que le seuil de rentabilité de l’exploitation des hydrocarbures de schiste se situe entre 70/80 $ pour permettre de couvrir l’amortissement des coûts industriels directs (matériels, forages, salaires, etc.), mais en réalité si l’on tient compte de la globalité économique en incluant les frais annexes (remboursement des emprunts, des intérêts, des assurances, etc.) ce seuil atteint plutôt les 100/110 $. Dès lors, on comprend aisément que depuis que le prix du baril est passé sous la barre des 70 $, les premiers à souffrir de la situation sont les compagnies d’extraction des pétroles et gaz de schiste ainsi que l’extraction des sables bitumineux. L’Eldorado tant vanté par les thuriféraires du tout pétrole a bien vite tourné au cauchemar, amenant une fois de plus son lot de laissés-pour-compte et ce depuis un an et demi déjà.

En 2015 aux États-Unis, les deux tiers des puits ont été fermés, la moitié des sociétés de forage ont disparu et si la situation perdure, comme annoncé par certains économistes, l’année 2016 devrait être encore plus cruelle. Non seulement les suppressions d’emplois dans ce secteur se comptent déjà par dizaines de milliers, mais largement aidée par les médias, cette industrie a créé autour d’elle une énorme bulle spéculative afin de favoriser les investissements importants dont elle avait besoin, auprès des banques et autres investisseurs avides de profits rapides. La banqueroute est donc générale et ses conséquences financières, économiques, sociales, géopolitiques et géostratégiques encore loin d’être évaluées. Faut-il préciser que de nombreux pays, les États-Unis en tête, sont touchés par cet effondrement que l’on peut qualifier de systémique, puisqu’il faut en effet tenir compte de tous les secteurs industriels liés à cette industrie extractive.

Ajoutez à cela la guerre que les pays émergents mènent contre l’hégémonie du pétrodollar  (notamment la Russie et la Chine) et on mesure le degré d’intensité des multiples enjeux.

Après le festin, Il y a fort à parier que certains vont se réveiller avec… une bonne gueule de bois.

Pendant ce temps, notre village gaulois la France semble hors d’atteinte de la conjoncture internationale et regarde ailleurs. La vertigineuse chute libre des hydrocarbures et de l’ensemble des matières premières avec comme conséquences celles des places boursières mondiales ne paraît pas affecter nos élites dirigeantes.

Fin septembre 2015, c’est-à-dire à quelques semaines de la COP 21, nos ministres de l’écologie et de l’économie signent conjointement des décrets octroyant de nouveaux permis exclusifs de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux, ainsi que des renouvellements de permis, mutations, autorisations de forage et soutiennent la mise en place d’ infrastructures pétrolières et gazières (port méthanier de Dunkerque, gazoduc Eridan). Plus pitoyable encore, nos candidats à l’élection présidentielle ne lâchent rien ! Comme un seul homme, Juppé et Sarkozy pérorent crânement en soutenant encore que la France ne saurait se passer de l’exploitation de cette hypothétique « richesse nationale ». De manière quasi-obsessionnelle, ils persévèrent à considérer le gaz (de schiste ?) comme l’énergie de transition du futur.

Et pour finir provisoirement, fin janvier 2016, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, suivant les recommandations du rapporteur public, annule l’abrogation du permis de Montélimar accordé en 2010 à l’entreprise Total (pour autant, Total ne récupère pas (encore) son permis qui a expiré fin mars 2015).

Il y a donc fort à parier que nous allons prochainement entendre reparler du sujet car dans ce domaine comme dans d’autres, les collectifs citoyens restent vigilants et ne manqueront pas de se rappeler au bon souvenir de élites gouvernantes. La menace couve toujours et les débats risquent d’être brûlants si par ailleurs et très probablement, ils seront attisés  par les conjonctures géopolitiques et géostratégiques internationales ainsi que par l’anti-démocratique serpent de mer que sont les négociations secrètes des accords de libre-échange, visant à sceller le mariage USA-UE, ou les multiples oppositions à quelques autres grands projets inutiles imposés.

 

Jacques Ambroise

Auteur de : « Gaz de schiste, histoire d’une imposture », Éditions le Sang de la Terre, avril 2013

Co-auteur avec Jean-Marc Sérékian de « Gaz de schiste le choix du pire », Éditions le Sang de la Terre, novembre 2015

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Les collectifs citoyens opposés à l’exploration–l’exploitation des gaz de schiste et gaz de houille se mobilisent et demandent :

  • Que le permis de Montélimar ne soit pas remis en vigueur.
  • Que les 133 demandes de permis* en cours d’instruction sur le territoire français soient définitivement rejetées.
  • Que le gouvernement, sur proposition du Parlement, prépare une loi interdisant toute exploration /exploitation d’hydrocarbures non conventionnels, ainsi qu’il s’y était engagé pendant la campagne électorale de 2012.
  • Que les accords de libre-échange TAFTA et CETA ne soient pas signés par nos gouvernants.

* Données du Ministère de décembre 2015

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GRAND RASSEMBLEMENT LE 28 février 2016 à Barjac (Gard)

Animations à partir de 11h00 – Marche militante à partir de 14h00

NON AUX PÉTROLE ET GAZ DE SCHISTE ET DE COUCHE !

NI ICI NI AILLEURS, NI AUJOURD’HUI NI DEMAIN !

Pour signer la pétition et en savoir plus : www.stopaugazdeschiste07.org

Grand rassemblement à Barjac le 28 février 2016

3 février 2016

Par stopgazdeschiste.org

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Mobilisons-nous pour dire définitivement NON aux pétrole et gaz de schiste

Les Collectifs contre l’exploration et l’exploitation des gaz et pétrole de schiste et de couche se mobilisent et exigent – et ce en parfaite adéquation avec les décisions prises lors de la Conférence Climat et encore récemment par la ministre de l’écologie – que :

- le permis de Montélimar et les permis limitrophes (Bassin d’Alès, Plaine d’Alès, Navacelles) ainsi que la trentaine d’autres permis arrivés à échéance en France ne soient pas renouvelés.

- les 133 demandes de permis en cours d’instruction sur le territoire français soient rejetées

- le gouvernement légifère pour interdire définitivement toute exploration et toute exploitation des hydrocarbures non conventionnels.

Nous appelons à cette mobilisation citoyenne pour faire suite au délibéré du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise rendu le 28 janvier 2016 qui vient d’annuler la décision d’abrogation du permis de Montélimar détenu par TOTAL.

Que l’État fasse appel de cette décision ne suffit pas. Seule une loi peut constituer une assurance contre les effets mortifères de cette industrie qui induit :
- détérioration de la santé des habitants
- dégradation irréversible de l’environnement et du foncier
- prélèvements d’eau massifs et risques de pollutions majeures
- bouleversement des équilibres sociaux et économiques locaux
- aggravation du réchauffement climatique

No Gazaran ! – Ni ici, ni ailleurs !

Ce rassemblement aura lieu à Barjac dans le Gard (30) le dimanche 28 février 2016.

Rassemblement à partir de 11h et marche à partir de 14h.

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stop gaz de schiste affiche rassemblemnt barjac 28 fevrier 2016 Je signe la pétition en ligne

Je participe à la cyberaction

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Lorraine : Thérèse Delfel, relaxée et jugée « lanceuse d’alerte »

31 janvier 2016

Par le Républicain lorrain

Info que nous venons de recevoir. Elle date un peu (14 décembre 2015) mais elle est importante.

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Condamnée pour diffamation contre EGL en première instance, Thérèse Delfel vient d’être relaxée. La cour d’appel de Metz estime que les écrits de la militante anti-gaz de houille sont nécessaires au débat public.

 

« On voulait me condamner à me taire. Au final, c’est le contraire. Cela libère la parole. Ce jugement fera date pour les associations, les collectifs et les particuliers. » Thérèse Delfel jubile. Cette militante de la protection de l’environnement exhibe l’arrêt de la cour d’appel de Metz. Dans l’affaire qui l’oppose à la société European Gas limited, rebaptisée La Française de l’énergie, l’habitante de Tritteling-Redlach vient d’être relaxée.

Fracturation hydraulique ?

Thérèse Delfel est contre les forages entrepris par EGL sur sa commune, depuis 2013, concernant la recherche de gaz de houille. Elle émet de sérieux doutes sur les méthodes employées. Et dénonce la possible utilisation de la fracturation hydraulique, bien que les responsables d’EGL assurent ne pas avoir recours à ce procédé, interdit en France.

L’écologiste s’insurge contre les risques « actuels et à venir » pour l’environnement, ainsi que sur le manque de transparence.

Pour alerter la population, Thérèse Delfel avait, en décembre 2014 et janvier 2015, distribué plusieurs tracts dans les boîtes aux lettres de la commune. Elle y traitait le groupe EGL de « menteur, trompeur, tricheur ». En février, EGL avait porté plainte pour diffamation.

Le 15 juin, en première instance, le tribunal correctionnel de Sarreguemines avait condamné Thérèse Delfel à une peine de 500 € d’amende avec sursis et à verser un euro symbolique à European Gas pour le préjudice moral.

« Intention louable »

Le 3 décembre, la cour d’appel de Metz a pris le contre-pied du tribunal de Sarreguemines. Elle estime que « l’intention de Mme Delfel est louable […], que ses écrits alimentent un débat indispensable et sain, incitant tous les acteurs à faire preuve de transparence. Ses critiques, dans un style parodique et provoquant, sont celles de ceux qu’on appelle les lanceurs d’alertes […]. »

Pour son avocate, Nadège Nehlig, ce jugement « légitime les actes » de sa clientèle. « C’est essentiel, dans le cadre d’un débat démocratique, que de simples citoyens puissent s’exprimer et demander des comptes à des entreprises ou des pouvoirs publics sur des dossiers qui relèvent de l’intérêt général ».

Cassation

Du côté de La Française de l’énergie (ex-EGL) on n’est évidemment pas d’accord avec cet arrêt. « On estime que des choses graves et fausses ont été écrites et doivent donc être sanctionnées. Ces propos infondés, et sans pertinence, portent atteinte à notre entreprise », commente Antoine Forcinal, pour la société, qui a donc décidé de se pourvoir en cassation.

Ce qui ne semble pas déstabiliser Thérèse Delfel, qui se sent confortée dans son action. « Cela renforce mes convictions », assure cette membre de « Stop gaz de schiste et de couche », un collectif lorrain et alsacien contre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux.

Satisfaite de voir de nouveaux collectifs apparaître dans des communes où de nouveaux forages, afin de tester si le niveau de débit du gaz de houille permettrait une exploitation commerciale, sont annoncés.

« Je constate que les conseils municipaux de Lachambre, Longeville ou Zimming se sont prononcés contre ces forages », conclut-elle.

Bertrand BAUD

=> voir l’article sur le Républicain lorrain

L’Amérique défavorisée, proie de l’industrie des gaz de schiste, de ses pollutions et de ses escroqueries

18 janvier 2016

Par bastamag.net

Des petits propriétaires floués, des grandes multinationales abusées par la promesse de profits mirobolants, des habitants qui subissent les pollutions et le bruit assourdissant des puits de forage à l’orée de leurs jardins, une faune qui s’exile, des séismes qui se multiplient… Telle est la réalité de l’industrie des gaz de schiste dans le Midwest états-unien. Enquête à Youngstown, dans l’Ohio, l’une des zones les plus pauvres de l’Amérique.

 

C’est l’une des régions les plus pauvres des États-Unis. La ville de Youngstown, dans l’Ohio, à mi chemin entre Pittsburgh et Cleveland, a été frappée de plein fouet par la désindustrialisation, et peine aujourd’hui encore à se relever de ce traumatisme. Sa population a chuté de presque 170 000 habitants dans les années 1960 à un peu plus de 60 000 à l’heure actuelle, dont près de la moitié est noire. La population blanche a fui vers les banlieues ou vers des cieux moins défavorisés. C’est l’une des villes les plus pauvres des États-Unis [1].

La région est aussi l’une des principales lignes de front de l’expansion du gaz de schiste, dans la formation dite d’Utica. Youngstown et ses environs sont le théâtre d’opérations industrielles utilisant la technologie controversée de la fracturation hydraulique, interdite en France. Ils abritent aussi des opérations de réinjection dans le sous-sol des eaux usées issues du « fracking » – une pratique dont on parle très peu en Europe mais qui comporte les mêmes risques que la fracturation hydraulique elle-même, sinon davantage. Dès 2011, Youngstown était frappée par un séisme de magnitude 4 sur l’échelle de Richter – le premier de toute l’histoire de la ville – directement lié à un puits d’injection. En février 2014, on en dénombrait déjà plus de 500. À quoi s’ajoutent plusieurs cas de pollution accidentelle ou délibérée.

Pourtant, les dirigeants politiques locaux et une bonne partie de la population continuent à s’accrocher aux promesses d’emplois et de développement économique brandies par l’industrie du gaz de schiste. Au premier rang – c’est une autre particularité de Youngstown – figurent deux entreprises françaises, Total et Vallourec. La première détient 25% des actifs de Chesapeake dans la formation d’Utica, tandis que la seconde a inauguré en grande pompe il y a quelques années à Youngstown une usine produisant des tubes spéciaux destinés à la fracturation hydraulique. Cette usine, sur fond de crise du secteur pétrolier et gazier, est en train de supprimer des emplois par dizaines.

« Un puits de gaz de schiste peut s’installer du jour au lendemain »


 

La plupart des habitants de Youngstown et des bourgades environnantes vivent dans l’impression que jamais la fracturation hydraulique ne viendra les déranger, sur le pas de leur porte. Mais ils ne sont pas à l’abri de mauvaises surprises. Des citoyens de Youngstown ont ainsi découvert quasiment par hasard que Chesapeake et Total avaient acquis auprès d’une autre firme les droits de forage profond sous Mill Creek Park, un gigantesque espace vert traversé par une rivière. C’est le poumon de la ville et le principal lieu de loisirs de ses habitants.

Susie et Raymond Beiersdorfer, deux habitants de Youngstown qui animent la résistance contre le gaz de schiste, dénoncent une situation d’opacité totale : les droits sur le sous-sol sont transférés d’entreprise à entreprise et les autorisations accordées sans aucune consultation du public ou même des voisins. « Quelqu’un peut découvrir du jour au lendemain qu’un forage de gaz de schiste ou un puits d’injection s’installe sur le terrain d’à côté. » Chesapeake et Total possèdent aussi des droits sur la plus grande partie du territoire de la petite ville voisine de Niles. Aucun forage n’y est prévu à court terme en raison du ralentissement actuel du secteur du schiste, mais la menace pèse désormais sur la tête des habitants.

« Les cygnes ont tous disparu »

Cette menace, les résidents – pour la plupart retraités – du parc de mobil homes de Westwood, à une quinzaine de kilomètres de Youngstown, en ont fait l’expérience directe. Ils ont été surpris un soir de 2013 par l’entrée en production d’un puits de gaz de schiste dont personne ne leur avait annoncé l’arrivée. « Tout à coup, ils ont vu une immense lumière de l’autre côté des arbres : c’était le gaz s’échappant du puits que l’on faisait brûler. Il y avait un boucan terrible. Les retraités sont sortis de leur maison en robe de chambre et tournaient en rond en se demandant ce qui se passait », se souvient John Williams, un habitant de Niles mobilisé contre le gaz de schiste. « Au début, on leur a dit que c’était pour seulement deux semaines, puis un mois, puis deux mois… Le puits est encore là aujourd’hui, et ils prévoient même de passer de trois à huit forages actifs ». Un élu de l’État s’est rendu sur place pour calmer les esprits, en faisant valoir aux résidents qu’il ne s’agissait que d’un « inconvénient mineur » et que c’était le prix normal à payer pour les bienfaits du gaz de schiste.

Les 800 résidents du parc, confrontés à une situation filmée dans des vidéos postées sur YouTube (ci-dessous), voient les choses différemment. Ils se plaignent du bruit et de maux de tête. L’un d’eux aurait été victime d’une maladie de peau similaire à celle dont se plaignent certains ouvriers du gaz de schiste [3]. Un dispositif de récupération du gaz qui s’échappe des forages a été mis en place depuis, avec pour résultat de réduire la taille de la flamme de torchage. Mais lorsque ce dispositif tombe en panne – ce qui arrive assez souvent selon les résidents –, elle retrouve sa taille initiale : 30 mètres de haut.

C’est un agriculteur voisin qui a cédé les droits sur son sous-sol à la société Halcón. Le puits est situé à l’extrémité de sa parcelle, le plus loin possible de sa propre maison, mais à peine séparé de l’étang qui borde le parc de mobil homes par une rangée d’arbres. « Avant, il y avait de magnifiques cygnes sur cet étang, se souvient John Williams. Ils ont tous disparu. » Les cygnes ont été remplacés par des bernaches du Canada, une espèce apparemment moins facilement dérangée par le bruit, la lumière et les relents de gaz [4].

Multinationales naïves

Total, pour sa part, s’est rapidement rendu compte que ses investissements dans l’Ohio avaient été très surestimés. Aubrey K. McClendon, l’ancien PDG de Chesapeake, s’est fait une spécialité de ce genre de transaction [5] : avec ses associés, il a réussi à convaincre plusieurs grandes entreprises pétrolières mondiales comme Total de fournir les capitaux nécessaires à ses opérations, en leur faisant miroiter des retours mirifiques… et en leur faisant payer leur participation bien plus cher que la valeur réelle des actifs cédés.

Dans son rapport financier pour 2014, Total déclare en tout 2,944 milliards de dollars de dépréciations sur ses actifs dans le secteur des hydrocarbures non conventionnels aux États-Unis, en Chine, au Venezuela et en Algérie. Impossible de savoir quel part de cette somme correspond au manque à gagner enregistré sur les gisements de l’Ohio. D’autres multinationales se sont elles aussi brisées les dents, comme BP qui a déclaré en 2014 une dépréciation d’un demi-milliard de dollars sur ses actifs dans la région de Youngstown. Aubrey K. McClendon, quant à lui, a été entre-temps débarqué de Chesapeake, après la révélation de plusieurs manipulations financières et d’une fâcheuse tendance à utiliser les biens et les employés de l’entreprise à des fins personnelles. Il a fondé une nouvelle compagnie, American Energy, en emmenant avec lui, selon son ancienne entreprise qui l’a traîné en justice, une série d’informations commerciales stratégiques sur les gisements de l’Utica.

Le business des droits de forage

Les multinationales pétrolières abusées ne sont pas les seules à avoir à se plaindre des pratiques de Chesapeake et de ses consœurs. Les témoignages abondent pour dénoncer les abus dont se rendent coupables les agents des firmes pétrolières pour convaincre les propriétaires fonciers de leur céder les droits de forage sur le sous-sol de leurs terres. Dans bien des cas, par exemple, ces agents diront à un résident récalcitrant que tous ses voisins ont déjà cédé leurs droits, même si ce n’est pas le cas, pour lui donner l’impression qu’il n’a pas le choix.

Plusieurs propriétaires fonciers de l’Ohio ont lancé des procédures judiciaires contre Chesapeake, qu’ils accusent de les avoir délibérément escroqués. Ils se plaignent que des représentants soient venus les démarcher, bien avant qu’il soit question de l’arrivée du gaz de schiste dans l’État, pour leur faire céder à bas prix les droits sur le sous-sol de leurs terres, avant de les revendre à Chesapeake. Ils auraient cédé les droits de forage dans leur sous-sol pour une somme aussi modeste que 5 dollars par acre (environ 4000 mètres carré). Chesapeake les aurait acquis à son tour pour 1000 dollars l’acre [6]. Total, de son côté, a acquis ses 25% des actifs de Chesapeake pour un montant équivalent à 15 000 dollars par acre [7]

Propriétaires floués

D’autres propriétaires qui avaient signé avec Chesapeake se sont aussi rendus compte, au bout de quelques mois, que l’entreprise avait drastiquement réduit les royalties qu’elle leur versait pour le gaz extrait dans le sous-sol de leur propriétés, en prétextant des frais de transport, de transformation et de gestion exorbitants [8]. Ron Hale avait ainsi cédé à Chesapeake et Total les droits sur le sous-sol d’un terrain dont il est copropriétaire à East Township, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Youngstown. Il s’est vite rendu compte que les paiements de royalties étaient loin d’être à la hauteur de ce que Chesapeake lui avait fait miroiter. Après qu’il se soit plaint auprès de l’entreprise, celle-ci lui a transmis un document comptable pour justifier le calcul des sommes qui lui étaient versées, dans lequel il a découvert avec effarement le montant des déductions diverses qui lui avaient été appliquées [9]. Dans certains cas, les déductions étaient même supérieures à la valeur déclarée du gaz ou du pétrole extrait du puits, de sorte que Ron Hale payait Chesapeake pour que celle-ci fore sur sa propriété !

On estime que 70% des propriétaires qui ont cédé les droits sur leur sous-sol à l’industrie du gaz de schiste se trouvent lésés. Nombre de propriétaires soupçonnent également Chesapeake et les autres firmes pétrolières actives dans la région de sous-déclarer les quantités de gaz et de pétrole (et en particulier les gaz liquides qui ont le plus de valeur) qu’ils tirent du sol afin de baisser les royalties – ce qu’elles pourraient faire en théorie en toute impunité, puisque l’Ohio n’a mis en place qu’un système de déclaration sur l’honneur. « S’il ne me paient pas pour ce qu’ils prennent, ils peuvent le laisser dans le sol », lâche le partenaire de Ron Hale. Ce dernier a adressé en mai dernier une lettre à Total pour l’alerter sur ces pratiques. Il attend toujours une réponse.

Olivier Petitjean (source : bastamag.net)


Photo : John Williams (Westwood Lake Park).

Notes

[1Selon des études officielles, Youngstown est à la fois la ville américaine qui perd ses habitants le plus rapidement, et celle qui présente le taux de concentration de la pauvreté le plus élevé du pays, à 49,7%. Le taux de concentration de la pauvreté mesure le pourcentage de la population vivant dans des quartiers où le taux de pauvreté est supérieur à 40%. Voir ici.

[2L’entreprise française avait similairement acquis en 2009 25% des parts des actifs de Chesapeake dans la formation de Barnett, au Texas.

[3Voir ici les informations et témoignages rassemblés par l’ONG Food and Water Watch

[4Sur les impacts de la pollution sonore, lumineuse et chimique associée au gaz de schiste sur la biodiversité, voir ici.

[5Lire cet article du New York Times.

[6Source. Il s’agit de la somme payée immédiatement à titre de « droit d’entrée » par les firmes, à quoi s’ajoute un pourcentage extrêmement variable des revenus de l’exploitation, selon la capacité de négociation des propriétaires.

[7Source.

[8Lire l’enquête de ProPublica, qui explique aussi les motivations financières de Chesapeake.

[9Voir ici une autre procédure judiciaire lancée contre Chesapeake pour les mêmes raisons par un propriétaire de l’Ohio.

Le gaz de schiste américain arrive en Europe

18 janvier 2016

Par OuestFrance.fr (article publié le 7 janvier 2016)

Yann BESSOULE / Ouest-France

La demande mondiale de gaz est très forte. Les États-Unis en regorgent depuis l’exploitation du gaz de schiste. Ils commencent à exporter.

On ne dira jamais assez combien l’extraction de pétrole et de gaz de schiste américain a changé la donne énergétique mondiale. Les États-Unis sont devenus les premiers producteurs dans les deux domaines. Les conséquences en sont palpables depuis plusieurs années. Et ce n’est pas fini. Dans quelque temps, les côtes européennes vont être les témoins privilégiés de cette véritable révolution industrielle…

Du gaz de schiste vogue vers l’Europe

Dans les tout prochains jours, un méthanier aux couleurs du groupe anglais BG Group (ex-British Gas, devenu propriété de Shell) va quitter l’appontement de l’usine de liquéfaction de gaz Sabine Pass, appartenant au groupe Cheniere Energie, en Louisianne. Son cap ? L’Europe. Anodin ? Ô que non.

D’abord, les compagnies américaines n’exportent quasiment pas de gaz. Seul le site de Kenai, en Alaska, en vend au Japon depuis quelques années.

Là, il s’agit de tout autre chose : des exportations vers le continent européen.

Mais il y a encore plus important. Le GLN (Gaz naturel liquéfié) transporté par ce méthanier n’est pas un gaz conventionnel. C’est un gaz de schiste… Une première, qui en appelle d’autres.

Une énergie de plus en plus demandée

Le gaz naturel est une énergie de plus en plus appréciée, notamment parce qu’elle pollue beaucoup moins que d’autres (charbon, pétrole). Et ses réserves sont importantes : 187 000 milliards de m3 fin 2014, notamment en mer.

Ça tombe bien : la demande ne cesse d’augmenter. Surtout en Europe et en Asie. Aujourd’hui, le gaz représente 21 % du mix énergétique ; à l’horizon 2040, ce devrait être 24 %.

Pendant longtemps, la Russie, l’Iran, le Canada, le Qatar ont mené le bal. Mais aujourd’hui, grâce au gaz de schiste, les États-Unis sont devenus n°1.

L’essor du GNL

Le gaz se transporte de deux façons : par gazoducs (installations terrestres) ou par navires. Dans ce second cas, on parle de Gaz naturel liquéfié. Le GNL représente aujourd’hui un tiers des achats mondiaux de gaz ; et 10 % de la consommation mondiale.

Un méthanier transportant du gaz naturel liquéfié

Dans ce secteur, jusqu’à très peu de temps, le Qatar, la Malaisie, l’Australie étaient les principaux producteurs et exportateurs. « En 2014, 301,39 milliards de m3 de GNL ont été exportés, dont 96,13 milliards de m3 par le Qatar », indique Frédérick Auvray, journaliste spécialisé dans le transport maritime.

Mais la donne est en train de changer. Actuellement, c’est la course aux investissements. Comme l’explique L’Atlas économique de la mer 2016, de l’hebdomadaire le marin, « dix-neuf sites de liquéfaction et dix-sept terminaux de regazéification sont, à ce jour, en construction dans le monde ». Dont plusieurs aux États-Unis…

Car c’est clair, les groupes américains entendent bien exporter leur gaz, qui est beaucoup moins cher à produire que le gaz qatari par exemple. Ils sont en ça aidés par l’affichage politique de Barack Obama. « Le gouvernement américain annonce qu’il veut desserrer l’étau du gaz russe sur ses alliés européens », rappelle Frédérick Auvray.

Engie et EDF importateurs

Mais au fait, le gaz de schiste américain qui arrive, qui va l’acheter ? Sans doute plein de traders, pour le revendre à des groupes opérants des centrales de production d’électricité ou ravitaillant des consommateurs.

En France, les deux plus importants opérateurs ont d’ores et déjà passé des contrats avec un groupe américain.

Engie (ex-GDF-Suez) a signé, fin octobre, un contrat d’une durée de cinq ans avec Cheniere qui prévoit la livraison de 12 cargaisons par an. Les méthaniers devraient débarquer au terminal de regazéification de Montoir-de-Bretagne (à côté de Saint-Nazaire en Loire-Atlantique). Les opérations devraient démarrer en 2018.

EDF est également de la partie. Il a lui aussi passé un accord (sur 20 ans) avec Cheniere. Le GNL partirait du terminal de Corpus Christi (Texas) pour être débarqué au nouveau terminal de l’électricien français à Dunkerque.

Après le gaz, le pétrole…

En 1973, la guerre du Kippour débouche sur l’embargo imposé par les pays arabes aux alliés d’Israël. C’est le premier choc pétrolier. Pour assurer ses besoins, le gouvernement américain impose à ses producteurs, en 1975, l’interdiction d’exporter leur pétrole.

L’arrivée du pétrole de schiste a, là aussi, changé la donne. Les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole (devant l’Arabie saoudite et la Russie). Les groupes pétroliers ont entamé, depuis des mois, un important lobbying pour que l’interdiction d’exporter soit levée.

Le gouvernement de Barack Obama a longtemps résisté. Une première porte s’est ouverte en 2015 avec l’autorisation d’exporter du condensat (pétrole léger).

Mais, fin 2015, la barrière s’est définitivement levée. Dans le cadre de la difficile négociation du financement de l’État fédéral en 2016, le Congrès a présenté un amendement autorisant les exportations. Il a obtenu satisfaction (suite à un compromis sur les énergies renouvelables).

Cette possibilité a vite été exploitée… Le 31 décembre, le pétrolier Theo T (70 000 tonnes de capacité, pavillon Bahamas) a chargé au terminal de Corpus Christi une cargaison de brut à destination de l’Italie. Il devrait y arriver dans une douzaine de jours… [c’est-à-dire ces jours-ci, ndlr]

Source : http://www.ouest-france.fr/economie/energie/gaz-naturel/le-gaz-de-schiste-americain-arrive-en-europe-3957282